La Louve, un supermarché coopératif dont la presse annonce l’ouverture depuis 2013, va bientôt ouvrir à Paris !…

mercredi 10 mai 2017
par  Oulibou
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la Louve, un projet de coop qui projette d’ouvrir en 2015 dans le XVIIIe arrondissement de Paris.
Libération du 22 décembre 2013

...ce rêve pourrait devenir réalité à l’automne 2015.
Le Monde du 30 novembre 2014

La Louve, ouverture prévue fin 2015.
Interview de Tom Boothe par le site timeout.fr en janvier 2015

Le supermarché ouvrira officiellement ses portes en novembre 2015.
Arte.tv – émission du 18 avril 2015

La Louve, le supermarché parisien qui fera travailler ses clients, ouvrira début 2016.
Le Figaro du 10 mars 2015

La Louve décale la date d’ouverture du supermarché coopératif au printemps 2016.
Le 18ème du mois de novembre 2015

La Louve, un supermarché coopératif et participatif détenu par ses clients, ouvrira ses portes dans le XVIIIe arrondissement de Paris à l’automne 2016.
Marianne du 6 septembre 2016​

Lancée en juillet 2011 par deux américains à Paris, Tom Boothe [1] et Brian Horihan, l’association Les Amis de la Louve, inaugure un scénario qui n’a toujours pas vu son apogée cinq ans et demi plus tard. Une communication intensive a pourtant permis à la presse nationale qu’elle soit papier, télévisuelle ou sur la toile, d’annoncer, de six mois en six mois, depuis 2013, l’ouverture imminente de ce supermarché alimentaire coopératif.
Qu’en est-il exactement de cette aventure ?…

Le financement :

Si c’est souvent par manque de financement que les projets ne se réalisent pas, ce n’est sûrement pas le cas pour La Louve puisque 42.000€ avaient été levés dès fin 2013 par l’intermédiaire du site kiskis bankbank et qu’en avril 2015, la somme de 157.000€ était atteinte. Les heureux donateurs pouvaient bénéficier de quelques avantages liés à la modicité ou à l’importance de leurs dons. Dix euros donnait droit à l’inscription de son nom sur la site de La Louve. Deux mille euros, son nom (ou celui de votre entreprise) sur un caddie du futur supermarché et une après-midi en compagnie de Tom Boothe et des fondateurs. Une opportunité que des coopérateurs fortunés n’auront sans doute pas manqué !
En 2014, la Macif a accordé une subvention de 20.000€ à ce projet socialement innovant comme le souligne Alice Sorel de la Fondation. En 2015, la région Ile-de-France, la Ville de Paris et la mairie du XVIIIe soutiennent également le projet à des montants qui restent inconnus du grand public.
En 2015 France Active, qui finance des projets d’économie sociale et solidaire, a accordé un prêt de 400.000 euros à La Louve mais surtout c’est engagé à garantir les emprunts réalisés auprès des banques. Emprunts dont les montants restent à ce jour secrets pour qui ne fait pas partie du cercle fermé des dirigeants de La Louve.
Quoi qu’il en soit, si l’on additionne tous ces montants et l’argent qui continue à rentrer via les nouveaux coopérateurs qui s’inscrivent chaque semaine on peut penser que plus de 700.000 euros sont allés rejoindre les comptes bancaires du futur supermarché.
D’un autre côté, l’hebdomadaire Marianne indique dans son numéro du 6 septembre 2016 « qu’en 2015, la coopérative réunit 1,5 millions d’euros de capital et que l’ouverture aurait lieue à l’automne 2016...

La Louve le supermarché parisien qui fera travailler ses clients (Le Figaro).

Tom Boothe ne manque jamais de rappeler que La Louve sera « Un grand défi avec exclusivement des heures bénévoles ! ». Chaque client étant amené par contrat « à travailler trois heures par mois à la coopérative » afin de remplir les rayons, tenir une caisse, décharger un camion de livraison ou bien encore pré découper une meule de fromage ».
Cela dit, et pour ne pas quitter les rapport de pouvoirs propres à l’entreprise, les bénévoles se feront ramener à l’ordre en cas de manquement à leurs engagements : Toute absence fera l’objet de deux vacations compensatoires (en plus de la vacation « normale ») et si vous n’arrivez pas à faire votre compensation, vous serez « suspendu »...
Et puis, il y aura des salariés.
Ceux-ci apparaissent de temps en temps dans l’organigramme de La Louve mais toujours à des postes de décideurs. Ainsi, dès le lancement en 2013 il a été fait l’embauche temporairement d’un coordinateur de chantier pour mettre en forme le minuscule local de la Goutte d’Or, et aussi développer un « site Web sophistiqué ».
Il est d’ailleurs amusant de constater que ce site web « sophistiqué » n’a pas d’historique… Ce qui permet d’occulter certains moments comme celui où apparaissaient les photos des futurs salariés et leurs fonctions : Directeur de ci, Directeur de ça !...
Le nombre des salariés n’est d’ailleurs jamais bien précis puisque suivant la presse, ils sont quelquefois cinq, quelquefois six et même à terme ils pourraient être jusqu’à quinze !
Une source proche de la Direction de La Louve nous permet néanmoins de dire qu’il y avait un salarié en 2014 et un second en 2015. En février 2016 deux nouveaux salariés (dont Tom Boothe) étaient embauchés en attendant un cinquième à l’ouverture du magasin.
La question n’est pas ici de discuter la présence de salariés mais simplement de constater que ces salariés ont un coût.
Une évaluation rapide sur la base de salaires plus que raisonnables permet d’estimer à 250.000€ le montant dépensé depuis 2014
Une dépense de 250.000€ sur un budget de 1.5 millions d’euros reste tout à fait raisonnable mais le fait que le magasin ne soit toujours pas officiellement ouvert deux ans après la première embauche peut sans doute poser questions à qui veut bien s’en poser...

Et d’ailleurs, il serait bon de savoir quelle masse financière a été dépensée depuis 2013 pour les salaires, les conseils de gestion ou autres frais de communication. Pour ma part, je n’ai pu trouver cette réponse auprès du Greffe du Tribunal de Commerce -qui permet à chaque citoyen de prendre connaissance des comptes des Sociétés- dans la mesure ou Tom Boothe et compagnie ont sélectionné un des rare type d’entreprise qui n’est pas imposé au dépôt de comptes (dépôt de compte toujours possible au Greffe pour qui veut être transparent). Il ne reste donc que les membre de La Louve qui ont accès aux comptes rendus des Assemblées Générales pour répondre à cette question.

Les prix des produits et leurs qualités :

Pour ce qui est des prix, il s’agissait en 2013, de proposer « des tarifs attractifs : 20 % à 40 % moins chers que ceux du marché ». en 2015, de « vendre à prix bas, afin de permettre à tous l’accès à des produits de qualité », et toujours en 2015, d’après Tom Boothe, « d’afficher des prix inférieurs "de 15 à 40% à ceux des autres commerces afin d’élargir l’accès aux bons produits à des personnes qui ont peu de moyens".
Que des bonnes intentions que nous nous garderons de discuter même si nous relevons dans le discours de notre américain à Paris d’autres intonations plus condescendantes vis-à-vis de certains clients : « Il y aura des produits naturels, mais nous allons vendre aussi du Nutella ! Nous sommes d’abord un supermarché ».

Cela dit, la question qui mérite surtout d’être posée concerne ces différences de tarifs entre les prix du marché et ceux qui devraient être pratiqués par La Louve. Il est bien compris que le bénévolat des adhérents pourra faire baisser les prix de ventes mais il reste néanmoins à connaître le poids des salaires, des charges fixes et surtout des remboursements des emprunts sur les marges. A aujourd’hui, ces données restent inconnues du public intéressé par le projet.
D’autre part, et renseignement pris auprès de quelques coopératives alimentaires fonctionnant sans salariés et avec des coûts fixes bas, la différence de prix tourne en général entre 25 et 30 %.
Ce serait bien de savoir comment Tom Boothe arrive à des prix « 40 % moins chers que ceux du marché ».

L’aspect politique :

En conclusion, de cet article, et en tant qu’anarchiste, il semble nécessaire de faire une analyse politique du projet
Nous avons bien compris qu’il s’agit d’un supermarché coopératif dont les coopérateurs seront aussi les acteurs et cette façon de présenter les choses n’est pas sans séduire.
Reste à savoir qui aura le pouvoir et qui prendra les décisions.

Nous ne reviendrons pas sur la répartition des tâches qui déjà clive le collectif entre les exécutantEs (les coopérateurs) qui seront « à la caisse, au nettoyage, à la manutention » et les décideurs (les salariés) qui feront « les tâches nécessitant un suivi, telles qu’achats ou comptabilité ». Comme si, dans un collectif de plusieurs milliers de personnes il ne serait pas possible de trouver des personnalités capables de passer des commandes ou de tenir la comptabilité de façon bénévole...

Le salariat dans cette affaire et compte tenu des possibilités que donne sa dimension ne semble nullement lié à une nécessité de « connaissance ou de suivi » mais plutôt une volonté de caser quelques amiEs et relations (dont il faudrait d’ailleurs connaître les véritables savoirs faire ce que j’ignore mais que connaissent sans aucun doute les membres de La Louve dont les statuts stipulent en préambule « la transparence… de gestion et d’administration ».

Au delà de ces premières réflexions, jetons un coup d’œil aux statuts de La Louve.
Dans l’article 20 des statuts, il est fait état des « décisions relatives à l’exclusion ou l’interdiction de la vente d’un produit » par l’assemblée générale. Au delà du principe qui ne peut qu’être approuvé, il est intéressant de constater qu’il n’est nullement fait état dans les mêmes statuts d’une prise de décision collective pour la mise en rayon d’un produit. Nous pouvons donc en conclure que tout coopérateur peut mettre en vente un produit ou alors que certains (les salariés par exemple), peuvent seuls décider de la mise en vente d’un produit.
Un membre de La Louve pourrait sans doute nous éclairer.

Enfin, et au-delà des déclarations de principe nous savons tous que les assemblées générales dans les associations comme dans les coopératives ou mutuelles ne regroupent que peu de sociétaires et que les décisions sont prises par une extrême minorité. Dans le cas de Food Coop à Brooklyn, seul 10 % des membres participent aux espaces de décisions.
Si la dynamique lancée par Tom Boothe permet d’imaginer une remarquable participation des coopérateurs et coopératrices les statuts restent quant à eux beaucoup plus réservés puisque une assemblée générale « pourrait prendre des décisions avec 100 associés » et même avec moins lors de l’assemblée suivante si le quorum de 100 associés n’est toujours pas atteint.
Un manque de confiance et d’ambition quant à l’avenir démocratique de la structure et une façon classique de prendre le pouvoir à quelques uns lorsque la lassitude prend racine parmi les coopérateurs.
Mais après tout, faut-il s’en étonner puisque le propos de La Louve n’est pas de développer une pratique autogestionnaire mais tout simplement de nous inviter à « participer au fonctionnement du magasin ».
C’est un peu comme nos politiques qui font ce qu’ils veulent quand ils veulent mais qui nous invitent avec ferveur à rejoindre les espaces de démocratie participative mis à notre disposition dans les villes ou ailleurs.
Il faut bien que certains poussent les chariots ou choisissent la couleur des bancs du jardin public pendant que d’autres prennent des décisions plus déterminantes pour nos vies.

Tout cela dit, longue vie à La Louve !

Jean-Claude RICHARD


[1Tom Boothe est suivant les sources : Professeur, Cinéaste, Réalisateur, acheteur de vins… Un homme plein de ressources mais avant tout un remarquable communicant.


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